Les eaux profondes – Alice Dorn

Projection du moyen métrage sur le plaisir féminin et les femmes fontaines – partages avec la réalisatrice

Plongeon dans les continents mystérieux du plaisir féminin, les eaux profondes s’interroge autour de ces «fontaines», qui jaillissent parfois au moment du plaisir sexuel des femmes. Le phénomène reste très méconnu, y compris des femmes elles-mêmes…

Coupées de nos corps et de nos désirs par des siècles d’oppression patriarcale, le continent du plaisir féminin reste encore souvent terra incognita. Les eaux profondes ouvre un de ces espaces rares et précieux, où la parole se libère et se partage…

Nous y voyageons, dans un imaginaire « en rhizomes », s’autorisant l’exploration, le jeu, et se nourrissant d’une aspiration profonde à réhabiliter une sexualité féminine riche, joyeuse, et qui retrouve le chemin de ses profondeurs.


Samedi 12 avril, à Terre de Lune, Dinan

19h : « Les eaux profondes » : projection
20h-21h : Echanges avec Alice Dorn, réalisatrice
21h-23h : Auberge espagnole. Emmène un plat/boisson à partager
Prix libre à partir de 15€


Alice Dorn

Née à Schiltigheim en 1981, Alice Dorn habite et travaille dans le Finistère. Créatrice textile, dessinatrice, cinéaste, elle est diplômée en 2007 de l’Atelier national d’art textile et de l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art, à Paris.
Elle reçoit en 2008 le prix Liliane Bettencourt pour l’intelligence de la main, pour sa collection textile « Surfaces sensibles ». Ses œuvres textiles ont été exposées à Paris, en province et à l’étranger. À partir de 2011, Alice Dorn se forme au cinéma argentique.

Son dernier film, « Les eaux profondes » (2019), sur le sujet du plaisir féminin, a reçu de nombreux prix et continue à voyager à travers le monde.

Depuis 2016, Alice Dorn pratique les techniques de l’estampe (gravure taille douce).

Dans son travail elle aime à développer, un univers imaginal, symbolique, mais aussi intuitif, émotionnel et sensible, autour de thématiques intimes et liées au Féminin, au corps et à la sexualité des femmes. Pour elle, les images et de la créativité recèlent un véritable élixir de Vie et de guérison que nous pouvons apprendre à contacter, à nous réapproprier.

Alice travaille depuis bientôt 5 ans à la création d’un nouveau film en hommage au placenta, « les racines miraculeuses ».

Instagram @alicedorn @eauxprofondes @lesracinesmiraculeuses

http://www.lesracinesmiraculeuses.fr/
https://www.alicedorn.com/


ARTICLE – MEDIAPART
«Les Eaux profondes», un film d’Alice Dorn
● 19 févr. 2019
● Par Cédric Lépine
● Blog : Le blog de Cédric Lépine


L’origine de la vie sur Terre est aquatique et le lien à cet élément fondamental est sans cesse rappelé à l’être humain dans sa plus profonde intimité. Puisqu’il y a cette adéquation forte entre l’eau et la vie, quoi de plus naturel chez la détentrice du pouvoir de concevoir la vie de faire émerger la fontaine de jouvence ?

« Les Eaux profondes » d’Alice Dorn © Alice Dorn


Le cinéma recèle de fantastiques expériences lorsque l’on ose sortir des chantiers battus de la production classique de faire et de réaliser des films. Fraîchement sorti des eaux de sa conception, Les Eaux profondes est un documentaire expérimental, un essai et avant toute chose une œuvre de cinéma. Alice Dorn, réalisatrice de ce moyen métrage, mène une patiente investigation sur un phénomène proprement féminin encore peu audible et que certains associent à une identité spécifique : la femme fontaine. Cette recherche la conduit à recueillir les témoignages de nombreuses femmes, qui deviennent alors les conteuses d’une histoire qui relie chacun de nous à la nuit des temps. Du singulier à l’universel, l’art du récit se tisse ici patiemment, comme les fils d’une longue tapisserie contenant un bout d’histoire de l’humanité.
Et peu à peu nous découvrons le tissage qui prend forme sous nos yeux : une invitation à revisiter le plaisir féminin sous un nouvel angle. L’aptitude à libérer des eaux au moment du plaisir sexuel n’est plus ici une rareté singulière
mais une capacité que possède chaque corps de femme. On la retrouve de manière sous-jacente, dans la représentation des divinités, sources de fertilité dans les civilisations anciennes où le féminin était respecté et vénéré…
Mais le parcours est loin d’être sans difficultés, comme l’exprime bien en voix off une femme témoignant au micro d’Alice Dorn, car chaque individu est relié à l’histoire transgénérationnelle d’une lignée de femmes violées, et aucune lignée n’est indemne de l’ordre patriarcal du monde dans lequel nous baignons. Cependant, chaque individu est également en mesure de guérir de ses blessures… et s’ouvre alors un chemin de réconciliation de la femme avec elle-même, corps et âme…

« Les Eaux profondes » d’Alice Dorn © Alice Dorn


Les Eaux profondes d’Alice Dorn est aussi une invitation concrète : celle faite aux femmes de connaître intimement leur corps pour mieux se reconnecter à lui, et par là-même, à leur source intérieure.
Cette démarche d’ »empowerment » au féminin, trouve aussi son reflet dans le choix fait par la cinéaste, d’une réappropriation des moyens de production à tous les niveaux de la réalisation du film, tourné en Super8, développé à la main, autofinancé (financement participatif)… tout en intégrant une dimension collective, invitant de nombreuses femmes à expérimenter, à s’exprimer, à trouver du plaisir à faire et à être, au sein de cet espace.

Le Super8 permet de donner naissance à une image sur le support hypersensible de la pellicule, granuleuse, vibrante, se rapprochant de l’aspect tactile de la peau… La nudité des corps et encore moins leur diversité féminine n’ont plus rien de tabou. La cinéaste les filme avec complicité et sororité. Par petites touches, nous faisons l’expérience d’une sérénité intérieure, intime, au temps présent.

« Les Eaux profondes » d’Alice Dorn © Alice Dorn

Alice Dorn renoue ainsi avec toute une histoire de l’indépendance au cinéma qui a pris la forme de l’expérimental avec des personnalités comme celles de Germaine Dulac et Maya Deren, ou encore plus récemment Marie Losier. Elle explore toutes les dimensions que le cinéma artisanal lui laisse à portée de main pour créer en connexion étroite avec les éléments qu’elle convoque, comme les corps filmés, qui parlent d’eux-mêmes.

L’animation en stop motion dans Les Eaux profondes convoque, elle aussi, la joie de l’expérience des corps féminins en dehors des tabous puritains, pour révéler leur magie intérieure… Alice Dorn fait revivre des déesses antiques après les avoir sculptées et nourries de ses réflexions. La bande-son leur insuffle la vie. Dès lors, l’association de ses représentations divines avec le corps des femmes contemporaines filmées en Super8 réactualise la force intrinsèque et multiséculaire du féminin.

En 1866, Gustave Courbet peignait L’Origine du monde. En 2019, Alice Dorn revisite le thème, avec une analyse inédite de la beauté du pouvoir féminin, d’offrir la vie tout autant que le plaisir de la vie, de la même manière que ce que représente l’eau, source de vie et de plaisir.

Alice Dorn sur le tournage des « Eaux profondes » © Laurence Mermet



Les Eaux profondes
d’Alice Dorn
53 minutes. France, 2019.
Couleur
Langue originale : française

Avec : Emmanuelle Duchesne, Marie Foulatier, Virginie Brouwers, Muriel Gasnier, Ambre Murard, Jessica Mersch, Éléonore Pichon, Maylis Diot, Enora Rouillé, Lucie Rivoalen, Laurence Mermet, Alisson Alexander, Gabrielle, Véronique, Oriane Germser, Juliette, Pierre Tharrault, Marie Franken, Émilie Lejeune, Blandine Legeard, Soline Désiré, Violaine, Hélène (…)

Témoignages de : Ashley Molco Castello, Laurence Bourgaud, Mélo, Élise, Misungui Bordelle, Andrea de Clerck, Sylvie Verchère Merle, Georgia, Solveig, Aliché, Sophie, Alice Dorn, Emmanuelle Duchesne, Muriel Gasnier, Marie Foulatier, Juliette (…)

Scénario, montage, son, production : Alice Dorn
Chants : Jessica Mersch, Léone Dethiers, Émilie Lejeune, Alice Dorn(…)
Piano et hang : Alice Dorn
Tournage images : Alice Dorn (avec la participation de Colas Ricard)
Développement pellicules : Alice Dorn
Étalonnage images : Yannis Davidas
Mixage son : Stéphane Larrat
Numérisation : 8 numérique Noiseau
Résidence post-production : association Light Cone, Atelier 105 à Paris